mercredi, 01 octobre 2008

Quand "Pan" se couche

113088~Lord-and-Vassal-Decorated-Page-Posters.jpgSaisissante génuflexion, dans la dernière livraison de l'hebdo prétendument satirique du mercredi. Volontiers donneur de leçons, le Pan témoigne d'un élan de servilité peu banal, sous la plume de son éditeur responsable, Dominique Janne.

L'imprécateur étale sa déférence sur trois colonnes, sous un titre fallacieux, "Déontologie 2.0"... Janne prétend dénoncer un écart déontologique. A tire et relire la prose "en cause", un excellent article, très documenté, de François Schreuer sur l'improbable politique urbanistique liégeoise, aux abords de la gare des Guillemins, on a vraiment du mal à capter où est l'égarement? A lire et relire l'imprécation de Janne, excessive, abusive et vide d'arguments, on comprend vite que le malaise est ailleurs.

Pan a publié un épatant article, son rédac'chef en a même félicité l'auteur, mais de lourdes pressions se sont manifestées ensuite auprès de l'éditeur responsable. En pareille circonstance, le vrai patron de presse couvre son journaliste. Résiste aux intimidations. Et préserve, in fine, l'indépendance de sa rédaction.

C'est à n'en pas douter son sens aigü de la contradiction (ou son admiration déclarée pour Francis Bouygues?) qui a incité Janne à prendre le contrepieds: en courageux éditeur, il sulfate la copie publiée au gros sel, évoquant la prose "aigrie" d'un pigiste "hors de contrôle". Pathétique lâchage, piètre dérobade!

C'est que le métier principal de Dominique Janne, la production cinématographique, l'expose aux humeurs des "pouvoirs subsidiants" et aux promoteurs politiques du Tax shelter (investissement dans la prod largement exonéré d'impôts, "un facteur de développement énorme pour le cinéma", dit Janne, réjouissant Jean-Claude Marcourt).

Il aura vraisemblablement suffi d'un coup de fil appuyé d'un homme de main de Daerden ou Reynders au co-président de l'Union des producteurs de films francophones pour transformer le pétillant papier de François en "prose fumeuse". Qui y perd vraiment son crédit?

Sources: informateurs particuliers, Le Pan, Des Bulles. Illu: "Lord and Vassal".

vendredi, 26 septembre 2008

A taire ses maux, un journal perd son crédit

heem.jpgDeux cent travailleurs ont débrayé, jeudi, au siège du quotidien Le Soir, à Bruxelles. Un arrêt de travail spontané qui s'est soldé par le vote unanime d'un préavis de grève. Les lecteurs du Soir devaient lire La Libre ou L'Echo, ce vendredi, pour en être informés. Ils n'avaient pas davantage eu droit, deux semaines plus tôt, à l'éclairage de leur quotidien sur le plan social en cours, uniquement commenté par L'Echo.

L'info les concerne pourtant au premier chef: l'éditeur du Soir, journal qui se revendique "partisan du progrès social", envisage de licencier une dizaine d'ouvriers pour confier leur tâches à des sous-traitants. Beau cas de conscience. Manifestement, commente un correspondant assidu de Molenews, Le Soir préfère s'épancher sur l'ascension fulgurante de son audience que sur les pratiques sociales de sa direction.

LeMonde.JPGDe vieux sages assurent qu'un média se grandit toujours à évoquer publiquement, sereinement, et à leur juste mesure, ses difficultés internes. A les taires, au contraire, il finit par perdre son crédit, qui est son bien le plus précieux.

Sources: informateurs particuliers, Belga, L'Echo, La Libre, Le Monde. Illu: Vanité (1628), Jan Davidsz de Heem. Photo: Marc Chaumeil (http://www.presseencolere.org)

mercredi, 17 septembre 2008

Pochade à la Une

cult.jpgGrôôôôsse caricature. Epaisse déception... La blogosphère en a tant glosé (1), qu'il nous tardait d'apprécier à sa juste valeur le reportage que Franck Istasse a consacré aux blogueurs face aux journalistes, sur Question à la une (RTBF), mercredi dernier.

Franis Pisani ouvre le feu. Et cela commence plutôt sèchement pour les professionnels de la profession: "Le grand problème, pour nous, les journalistes, c'est que nous nous vivons comme critiques face aux institutions, alors que nous sommes perçus, par la majorité des citoyens, comme parties prenantes au système institutionnel"... Bien vu.

Un coup pour les journalistes, un coup pour les blogueurs... Mais à la sulfateuse atomique, cette fois. La RTBF convoque à la barre le moraliste néoconservateur Andrew Keen, un entrepreneur qui exerce sa plume dans Forbes et qui a commis, l'an dernier, un pamplet discuté: "Le culte de l'amateur: comment internet détruit notre culture" (démontage, ici). En gros, la civilisation judéo-chrétienne et les saines règles du marché sont menacées par le Web 2.0 et ses hordes barbares, anonymes voleurs d'identité et prédateurs sexuels. Gasp!

Keen, thuriféraire de l'autorégulation "naturelle" du marché, pourfendeur acharné de l'encyclopédie collaborative Wikipédia, est aussi connu pour ses diatribes nauséeuses à l'encontre des adeptes de la gratuité, Lawrence Lessig en tête (le fondateur des Creative Commons, activiste de l'Electronic Frontier Foundation). "Un communiste", résume notre néocon...les.png

Istasse ne dit mot du caractère controversé du personnage, mais tend largement son micro à Andrew Keen, qui s'épanche sur "les dangers de la révolution digitale", "ce culte de l'amateurisme, de l'innocence, de l'ignorance", "cette nouvelle ère du nombrilisme digital" (Keen ne s'est pas regardé).

Franck Istasse, manifestement convaincu, en rajoute: "Sur le net, on ne fait donc plus confiance aux journalistes qui recoupent les informations pour les vérifier. On préfère discuter via les blogs ou les forums pour trouver les infos". Belle démonstration, cher confrère, à peine péremptoire. Bigrement convaincante. Hum... A ce degré de désinformation, le pékin de base est vraiment en droit de s'interroger sur les vertus présumées du journalisme de service public.

Mais ça continue!... Le tapage de l'amuseur public Diederick Legrain est jeté en pâture. Comme s'il s'agissait du modèle ultime du blogueur libertaire (alors qu'il est à la solde d'un quotidien établi). Pendant que de salutaires blogs animés par des journalistes professionnels (comme l'excellent Big Bang Blog de Daniel Schneidermann) sont tenus pour "responsables de la crise de confiance envers la presse". N'en jetez plus, ça déborde!

Istasse aura au moins démontré qu'il ne suffit pas de détenir une carte de presse pour prétendre être journaliste... Les médias établis ne diffusent pas que des vérités; les blogs n'étalent pas que des bobards. Opposer les uns aux autres relève d'un manichéisme niais.

Le journalisme, c'est avant tout une pratique et le respect d'une déontologie.  Il est des blogueurs qui sont plus journalistes dans l'âme que nombre de titulaires officiellement encartés. Comme il est des pros de l'info qui bloguent avec bonheur en citoyens épanouis. Qu'Istasse et Gerlache en tremblent réjouit assez The Mole!

(1) Voir notamment ce qu'en disent Serge Coosemans, Tom, Charles Bricman, Shoob et himself.

Sources: RTBF, Wikipédia, Keen, Lessig.

22:31 Publié dans RTBF, Sensationnalisme | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : blogs, info, rtbf

jeudi, 04 septembre 2008

Gangrène islamophobe au "Vif": le Mrax porte plainte

islamvif.JPGL'hebdo laïcard du vendredi n'en est certes pas à son coup d'essai, mais là, il sulfate carrément les musulmans au bazooka, en plein ramadan... Au point que la plus ancienne organisation antiraciste du pays, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax) a jugé nécessaire saisir d'une plainte l'Association des Journalistes professionnels (AJP). Peu banal, voire inédit!

La dernière livraison du Vif/L'Express prétend dévoiler au Gaulois de souche "comment l'islam menace l'école"... Comment il la "gangrène", même, titre le "premier hebdomadaire d'information en Belgique francophone", en pages intérieures. Et d'aligner une série d'incidents ponctuels qui, à en croire la rédac'chef, Dorothée Klein, "menacent les fondements de l'école": une cantine qui ne sert plus de porc, de l'absentéisme au cours de gym, quelques élèves qui contestent la théorie de l'évolution (1)...

Nouveaux tenants des politiques d'accomodement raisonnable, les réformateurs - les députés MR Richard Miller et Françoise Schepmans, le président des Etudiants libéraux, Arnaud Van Praet - ont été les premiers à s'indigner, suivis de près par le rédac'chef de la revue Politique, Henri Goldman, puis par l'Ecolo Jacky Morael. Les uns dénonçant la "père-ubuïsation" du Vif, les autres relevant le saisissant contraste entre le contenu de l'article (qui "soulève quelques bonnes questions sans les trancher") et "le titre guerrier qui l'introduit".

Le Mrax ne s'est pas contenté d'étaler son indignation: il a saisi l'AJP, estimant que Le Vif "alimentait l'islamophobie et nourrissait le racismeis.JPG. L'organisation rappelle qu'elle "ne conteste absolument pas le fait de critiquer l'islam en tant que religion". Elle ajoute que les incidents alignés par Le Vif "peuvent se produire, ici ou là, dans nos écoles". Mais pas au point d'assimiler l'islam à "une mérule qui gangrène l'école". Amalgame et raccourci qui "stigmatise, incite à la peur, la méfiance, le mépris voire la haine de nos concitoyens de confession musulmane".

The Mole croit savoir que ses confrères du Vif attendent avec hâte l'intervention de l'AJP, fatigués qu'ils sont de voir leur prose défigurée par l'enrobage sensationnaliste que leur infligent Amid Faljaoui et ses sbires. Dorothée klein, elle, persiste et signe, dans la livraison de demain: "Le Vif/L'Express a touché à un tabou... Il a simplement voulu lancer le débat". Là, c'est réussi, pour sûr! Et c'est une constante...

islam1.JPGLe 25 avril dernier, pris d'un délire paranoïaque profond, sous l'emprise d'une fondation néoconservatrice US, Le Vif avait tissé la toile d'une redoutable nébuleuse islamiste, corsetant le Royaume, de Molenbeek à Verviers... La paisible Cité lainière y était dépeinte sous les atours d'un "bastion du Hamas", "place forte des Frères" (musulmans). Aucun avion ne s'est encore précipité sur la flèche de la Grand'Poste de Verviers. Mais ça ne saurait tarder... Car la Belgique, c'est bien connu, grouille de convertis à l'islam, ces "fous d'Allah", comme titrait Le Vif en Une. Voici tout juste un an.

Sources: informateurs particuliers, Wafin.be, le blog d'Henri Goldman, le blog de Jacky Moreal, le blog de la Fédération des Etudiants Libéraux, Le Vif/L'Express.

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Mise à jour 1 (04/09/08)

(1) Intéressant commentaire de notre éminent confrère Jean-Jacques Jespers, sur le blog d'Henri Goldman: "L’article du "Vif" se scandalise du fait que des élèves contestent l’évolutionnisme et attribue cette contestation à l’influence de l’Islam. Cet amalgame est vivement rejeté par les musulmans eux-mêmes : le créationnisme est une croisade chrétienne (évangéliste) et non musulmane ; l’islam actuel reconnaît le primat de la science sur la conviction en matière de description des lois de la nature, contrairement aux fondamentalistes chrétiens, essentiellement américains".

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Mise à jour 2 (05/09/08)

Vite, du débat, de la controverse!... Histoire de se refaire une virginité à bon compte (gratuitement), "Le Vif" de ce vendredi revient sur le dossier "tabou" de la semaine dernière, sous rubrique "Forum des lecteurs". L'hebdo publie de longs extraits de la note postée par Henri Goldman sur son blog (sans en signaler les coupes) . Goldman souligne "le fair-play du Vif à relever le débat", mais il s'étonne tout de même de ne pas avoir été alerté et regrette que l'hebdo ne cite pas sa source... Le lecteur non averti du magazine aura l'impression qu'Henri Goldman a adressé un courrier au "Vif", alors qu'en réalité, l'hebdo a tout pompé sur le blog de notre confrère. Décidément, rayon déontologie, "Le Vif" s'enlise... A la place de Goldman, nous, on  adresse vite fait une facture à Roularta!

samedi, 30 août 2008

Taxons les photos "people"!

Leroy.jpgLe photojournalisme se meurt... C'est Jean-François Leroy, ancien de Sipa, fondateur du festival Visa pour l'image, à Perpignan, qui l'affirme, dans "Le Monde" de samedi.

"De moins en moins de journaux prennent le risque de faire des productions, de lancer des commandes  qui donnent sufisamment de temps aux photographes".

La faute à la crise? "La crise de la presse, ça me fait marrer, réplique Leroy: les journaux appartiennent à des groupes, et dans ces groupes, il y a des titres qui gagnent de l'argent!".

La faute à qui, alors? "La différence, c'est qu'il y a 20 ans, les gens cherchaient à équilibrer leurs comptes; aujourd'hui, ils veulent faire du profit. Mais de l'argent, il y en a: la preuve, on est prêt à payer 100.000 euros pour des photos volées de Jamel Debbouze"...

La solution de Leroy? "Intaurer un impôt "people": taxer les images de célébrités pour financer la vraie photo... Je plaisante, bien sûr!". Dommage!

Source: Le Monde. Illu: visapourlimage.com.

jeudi, 28 août 2008

Journaliste ET communiste

Communist+Nihilist-1881.JPGJournaliste et communiste? Incompatible, assène Alain Gerlache, dans un style qui ne lui ressemble guère. Notre éminent confrère évoque le cas de Wahoub Fayoumi, sans la citer. "Certains masques sont tombés dans cette affaire", écrit Gerlache. "La pratique journalistique est un métier et non une activité militante", poursuit-il. Ancien porte-parole d'un Premier ministre libéral, Gerlache postule, en somme, que le communiste serait foncièrement incapable de dissocier ses convictions de sa pratique professionnelle.

Discordant, vraiment, le journalisme et l'engagement communiste? "Les journalistes des médias publics doivent, autant que faire se peut, tendre vers l'impartialité et la distance par rapport à leur propres convictions", nuance Alain Gerlache. Mais qu'est-ce donc qui empêcherait davantage un communiste qu'un néo-conservateur de témoigner de cette distance?

Je ne sais si "des masques sont tombés", en marge de l'affaire Wahoub Fayoumi. Mais je suis sûr qu'il est d'excellents confrères, communistes oui, dont la pratique professionnelle ne peut inspirer que le respect. The Mole pense au percutant Daniel Karlin, que Michèle Cotta ne vit pas vraiment débarquer d'un bon oeil à la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle: "vilain petit canard - le plus jeune de la bande- qui ne s'amusait pas des mêmes jouets que nous et qui risquait à tout moment de faire s'effondrer nos châteaux de sable" ("Les miroirs de Jupiter", Fayard, p. 123).

The Mole pense surtout à Marcel Trillat (appelé par Pierre Desgraupes à Antenne 2): "Journaliste ou communiste? D'abord journaliste, assure Trillat. Celui-ci n'a pas à faire état de ses sympathies. En même temps il n'est pas neutre, dans la manière de choisir le sujet, de le traiter. Il est bon qu'il y ait dans les rédactions des gens de différentes convictions. Cela ne veut pas dire des ennemis mais cela crée une émulation. C'est enrichissant. A condition de ne pas se comporter en porte parole de parti, en militant la caméra au poing, faisant passer les intérêts de ses amis politiques avant les orientations de la rédaction. Cela est valable pour tous. Sinon on travaille dans un journal politique. Mais il en va autrement dans un service public. C'est un défi que d'intégrer des journalistes de gauche dans une rédaction, ce n'est pas une catastrophe. Les journalistes communistes doivent être plus sourcilleux que d'autres sur leur indépendance".trillat.jpg

Directeur adjoint de l'information, sur la deuxième chaîne publique française, il se porte volontaire pour aller couvrir la Guerre du Golfe. "Là, 'il sauve l'honneur des journalistes', une expression plusieurs fois entendue dans la bouche de ses confrères, rappelle l'essayiste Gérard Streiff. En effet, le 2 février 1991, au journal de midi, il dénonce, en direct, la mise en scène américaine de la guerre et la main mise des médias US sur les informations traitant du conflit. Son intervention impressionne la rédaction en chef qui lui demande de redévelopper ce thème le soir même. Cette question de la désinformation va susciter une large polémique en France. "Libération" consacre une double page à 'la courageuse sortie de Marcel Trillat, pour qu'enfin l'on sache, en France et en direct, à quoi s'en tenir sur la qualité des informations transmises depuis le terrain sur le conflit en cours".

Vertement sermonné par le président de la télé publique, Hervé Bourges, sur France Inter, Trillat sera plus tard élu président de la Société des journalistes d'Antenne 2.

Laissons conclure Gérard Streiff, qui a l'avantage sur Alain Gerlache d'avoir étudié sérieusement l'engagement des journalistes communistes à la radio-télévision française (1). Point d'exclusive idéologique, aux yeux de Streiff, pour qui "le journalisme peut faire bon ménage avec la politique à condition d'être d'abord... du journalisme"!

(1) Son étude, réalisée dans le cadre du séminaire animé par Jean-Noël Jeanneney, à l'Institut d'Etudes politiques de Paris, cite entre autres journalistes communistes: Michel Cardoze (France Inter puis RMC), Francis Crémieux (France Culture), Roland Passevant (TF1), François Salvaing (TF1), Jean-Luc Mano (TF1, puis A2, avant VSD), Victoria Llanso (TF1), Jean Charles Eleb (FR3), Michel Naudy (FR3)... Au début des années 1980, la radio-télévision publique française compte 59 journalistes communistes, sur un total de 1.400 journalistes (moins de 5%).

Sources: Le Blog médias d'Alain Gerlache, The Web Journal of French Media Studies, Pavé et Manivelle, Wikipédia. Illus: Carl Edler von Stur (1840-1905), apses.org.

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Mise à jour (01/09)

La controverse suit son cours, ici.

lundi, 11 août 2008

Vincent Engel n'aime pas Molenews

the_mole.jpg

Avocat masqué de Mint, Vincent Engel n'aime pas les taupes. Ca se passe ici... Et The Mole réplique ici.

Sources: Vincent Engel, Conseil d'Etat, informateurs particuliers. Illu: Janbrett.com.