Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 05 novembre 2011

Mutisme généralisé sur les piges de misère

La nsilence.jpgouvelle concerne au premier chef 1,7 million de lecteurs de quotidiens francophones, en Belgique. Pourtant, pas un titre de presse ne lui a consacré une ligne, ce samedi matin.

Ces centaines de milliers de lecteurs ont le droit de savoir dans quelles conditions sont produits les quotidiens qu'ils lisent, en Wallonie et à Bruxelles.

Ils ont le droit de savoir qu'à côté des 541 journalistes salariés de la presse quotidienne francophone de Belgique, presque autant d'indépendants (521 pigistes) contribuent au contenu des journaux qu'ils lisent.

Ils ont le droit de savoir que quatre journalistes pigistes sur dix gagnent moins de 2.000 euros brut par mois. L'Association des Journalistes professionnels (AJP) tenait conférence de presse, vendredi, pour livrer les résultats de son accablante enquête sur les piges.

"Le Soir" (1), "La Libre" (2), "La DH", "L'Avenir", "SudPresse" et "L'Echo", dans leurs éditions de ce samedi, n'ont pas jugé utile en informer leurs lecteurs respectifs.

Comme ils ont bien le droit de le savoir, The Mole les invite à prendre connaissance des tarifs de piges pratiqués par ces titres, sur le site de l'AJP.

A force de s'abstenir de livrer à ses lecteurs l'information à laquelle ils ont droit, parce qu'elle les concerne au premier chef, la presse quotidienne creuse sa propre tombe. Elle ne peut claironner son indépendance et son sens éthique tout en taisant les éléments objectifs d'information qui la concernent.

Pour le bien de la presse, l'union professionnelle des journalistes doit accentuer la pression. Elle n'a d'autre choix, à nos yeux, que de publier un baromètre permanent des piges, consultable à tout moment sur son site: 1,7 million de lecteurs ont le droit de savoir...

(1) qui a tout de même diffusé un bref écho, vendredi, sur le "fil info" de son édition en ligne. Pour un compte rendu plus complet, il faut consulter le site rtbf.be.

(2) Curieusement, la dépêche Belga n'est relayée que sur le site de "La Libre Essentielle" (merci à Claire pour l'info).

 

Illu: PhiloVive! Sources: Twitter, CIM-2010/2011, AJP, Le Soir, La Libre, La DH, L'Avenir, SudPresse, L'Echo, rtbf.be.

dimanche, 06 mars 2011

Une femme du Sud à la tête de la FIJ

bethcosta.jpgUn signal fort pour la profession: c'est une femme - et une femme du Sud - qui pilotera, d'ici à 2013, la Fédération internationale des Journalistes (FIJ), organisation représentative de plus de 600.000 journalistes, dans 125 pays.

La nouvelle a été rendue publique, mercredi, par le syndicat des journalistes de Sao Paulo:"La journaliste Elisabeth Vilela Costa (Beth Costa), ex-présidente du Syndicat des Journalistes de Rio de Janeiro, et ex-présidente de la Fédération brésilienne des Journalistes (Fenaj), ex-responsable de l'actualité internationale sur la chaîne Globo, a été désignée secrétaire générale de la FIJ, à Bruxelles". La Fenaj a confirmé la nouvelle, jeudi.

Nos confrères de Periodistas en Espanol précisaient, vendredi, que la désignation de Beth Costa, actuellement directrice des relations institutionnelles à la Fenaj, devait encore être avalisée par la prochaine réunion du Comité exécutif de la FIJ, ces 19 et 20 mars, à Bruxelles.

L'appel à la succession de notre confrère du Guardian Aidan White, secrétaire général en poste depuis 24 ans, avait suscité 41 candidatures (dont celle de votre serviteur). Au terme d'un premier tri, sur dossier, la FIJ avait constitué une "shortlist" de dix candidats (... dont votre serviteur), invités à défendre leur projet devant une délégation du Comité exécutif représentant tous les continents, les 22 et 23 février, à Bruxelles (des épreuves au terme desquelles votre serviteur a été classé 2e suppléant, derrière la lauréate, Beth Costa; ce dont il est plutôt fier!).

Tenant d'une FIJ plus militante, plus radicale, davantage ouverte à la diversité (sans pour autant diluer son identité journalistique), l'auteur de ces lignes ne peut que se réjouir de la désignation de notre consoeur brésilienne, féministe convaincue, activiste résolue en faveur des droits sociaux et de la liberté des journalistes. Les syndicats latinoaméricains de journalistes ont largement salué sa désignation, qui répond, à juste titre, à l'essor de la profession dans les pays du Sud, où des combats fondamentaux restent à mener pour davantage de liberté et de justice sociale.

Comme l'écrit Olivier Da Lage, vice-président de la FIJ, la succession d'Aidan White marque "la fin d'une ère". C'est aussi un énorme défi à relever, rappelle Philippe Leruth, vice-président de la Fédération européenne des Journalistes: celui de la "confiance à reconstruire".

 

Sources: FIJ, jornalitasp, PES, Zuliana Lainez, Olivier Da Lage, Philochar. Illu: Beth Costa.

lundi, 21 février 2011

Le vrai reporter n’avale pas de comprimés (2)

kapuscinski.jpgD'autres extraits, comme promis, de l'humble testament du grand Ryszard Kapuscinski. Ils sont tirés du petit livre d’entretiens que vient d’éditer Pocket (1).

Kapuscinski y évoque la manipulation du réel par la télé et l'essouflement de la presse critique...

"Nous connaissons du monde ce que les trois grandes chaînes de télévision américaines veulent que nous sachions. Elles ne pratiquent pas la censure telle que nous la connaissons de l'époque communiste, mais elles pratiquent la manipulation (...). On ne montre que certaines choses et on le fait dans des proportions anormales. Par exemple, la misère. En regardant la télévision, nous sommes en droit de penser ue le grand problème du monde actuel, c'est le terrorisme, les fondamentalistes, le trafic de drogue et la criminalité organisée. Ce n'est pas vrai. Le grand problème du monde d'aujourd'hui, c'est que les deux tiers de l'humanité vivent dans la pauvreté, à la limite de la famine, sans la moindre chance de voir leur situation évoluer. (...) La manipulation consiste à refouler le problème de la pauvreté dans le domaine de l'exotisme. (...) La pauvreté est devenue une attraction touristique". (pp. 131 et 132)

"Il n'y a plus de presse critique dans le monde. Les médias ont cessé d'être une opposition au système. Avant, la presse dénonçait, elle menait d'âpres combats. Aujourd'hui, les médias (...) se sont installés aux côtés du pouvoir, ils ne contestent plus, ils ne remettent plus en question. Il suffit de visiter la rédaction d'une grande chaîne de télévision: on entre dans un palais luxueux, on se déplace parmi les marbres et les lustres". (p. 137)

 

(1) « Autoportrait d’un reporter », Ryszard Kapuscinski, Pocket, septembre 2010, 153 pp., 5,90 euros.

Illu: Mermadon, 1967.

17:34 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2)

jeudi, 17 février 2011

Alexandre Adler encourage l’émancipation flamande

adler.jpgEntretien sidérant d’Alexandre Adler sur la crise politique belge, dans Le Soir de ce jour (page 15)… Le Nostradamus de la géopolitique estime que la réplique francophone face aux exigences flamandes d’émancipation relève d’une « attitude de mendicité » ! D’ailleurs, à ses yeux, les exigences flamandes ne « semblent pas déraisonnables ». Parole de « néocon », thuriféraire absolu de Bush et Netanyahou, biberonné au communisme orthodoxe des années 1970 !

On se consolera en rappelant que l’omniscient Adler avait aussi prédit que la seconde guerre d’Irak « n’aura peut-être tout simplement pas lieu » (Le Figaro du 8 mars 2003). Douze jours plus tard, les troupes US partent à l’assaut de Bagdad…

On se consolera en rappelant sa pertinente divination électorale, toujours en 2003, assurant que le candidat démocrate John Kerry « va gagner d’une courte tête » l’élection présidentielle américaine de novembre 2004… (hum...)

On se consolera en rappelant que le 26 janvier 2006, notre avisé futurologue avançait, sur France Culture, que le Fatah resterait, « le premier parti palestinien », au terme d’élections finalement remportées par… le Hamas (une chance sur deux, raté).

On se consolera en rappelant que le 29 octobre 2007, l'avisé éditorialiste du Figaro assurait que « les Etats-Unis s’acheminent vraisemblablement vers un conflit », aux urnes, « entre Hillary Clinton et Rudy Giuliani »… Pas de chance, Alex, ça s’est joué entre John McCain et Barack Obama.

L’ami Fontenelle, dans un ouvrage recommandé sur les « éditocrates », relève mille autres imprécations comiques du « pesant chroniqueur du Figaro et de France Culture, qui ose absolument tout, lorsqu’il s’agit de salir la gauche – et qui aurait, au vrai, tort de se gêner puisque aussi bien ses inconcevables divagations ne dissuadent jamais ses pairs de le présenter comme un très estimable spécialiste des affaires du monde ».

Sources: Le Soir, "Les éditocrates", La Découverte, 196 pp., 2009 (réédité chez Pocket, 224 pp., 21 octobre 2010).


------------------------------------

Un ami des dictateurs égyptien et saoudien

Un confrère me signale, à l'instant, cette autre citation éclairante du "médiacrate tout terrain": c'était à l'époque, il est vrai, où il était de bon ton de soutenir les dictatures arabes:

 

"Non, à tout prendre, je préfère que les Frères musulmans soient cooptés par les militaires égyptiens qui gardent l’essentiel du pouvoir plutôt que de les voir gagner des élections libres, instituant un Tariq Ramadan comme ministre de la Culture. Je soutiens donc le maintien des dictatures les plus éclairées possibles - voire pas éclairées du tout - en Egypte et en Arabie saoudite plutôt que l’application, dans ces régions du monde, des principes démocratiques qui, dans l’immédiat, ne seraient que porteurs de désordres et de violences." Alexandre Adler, Le Figaro, 6 septembre 2004.

 

mercredi, 16 février 2011

Le vrai reporter n’avale pas de comprimés (1)

Ryszard.jpgUn testament professionnel d’une rare humilité. C’est la tonalité du petit livre d’entretiens avec Ryszard Kapuscinski, que vient d’éditer Pocket (1). L’édition originelle, rédigée en 2003, se nourrit de fragments de conférences et d’entretiens publiés en Pologne entre 1985 et 2002.

Le grand reporter polonais, décédé le 23 janvier 2007, y apparaît touchant, humble, mais surtout très juste. Féroce, parfois. Il évoque la « falsification » du monde par la télévision, le comportement moutonnier des grands médias, l’estompement du sens critique des journalistes... The Mole admet volontiers s’y retrouver pleinement (non, pas seulement parce que l’auteur d’Ebène fut l’ami de Guevara et d’Allende, mauvaises langues !).

Cadeau : un premier extrait, pour vous donner envie (d’autres suivront). Pour Ryszard Kapuscinski, manifestement, il y a reporter et reporter (et il sait de quoi il parle!)…

« On rencontre toutes sortes de journalistes. Parmi eux, il y a ceux qui, comme moi, essayent de vivre comme les gens qu’ils décrivent. D’autres prennent les voyages un peu pour des missions diplomatiques. (…) Ce type de journalistes habite au Sheraton. (…) En Afrique, j’ai rencontré des groupes de reporters qui ne faisaient rien d’autre que d’avaler des comprimés du matin au soir, contre tout : le paludisme, la dysenterie, etc. Il n’est pas possible de travailler dans des conditions pareilles. Si on veut connaître l’Afrique, il faut manger et boire la même chose que les Africains » (pp. 58 et 59)

(1) « Autoportrait d’un reporter », Ryszard Kapuscinski, Pocket, septembre 2010, 153 pp., 5,90 euros.

11:56 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1)

mardi, 25 janvier 2011

A ceux qui "mangent dans la main des puissants"

kempf.jpg"En France?!"... Sophie de Menthon s'étrangle, interloquée. La baronne du télémarketing pâlit, sur le plateau de Frédéric Taddeï. C'est que notre avisé confrère Hervé Kempf vient de lacher une vérité qui blesse: "Les médias sont sous contrôle, en France". Et pas qu'en France, ajouterait volontiers The Mole.

Objet de la controverse: le dernier ouvrage d'Hervé Kempf, "L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie" (1), plutôt féroce avec le prétendu régime démocratique en vigueur, système qui vise en fait "à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques".

Après "Comment les riches détruisent la planète" et "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme", notre avisé confrère du Monde secoue salutairement nos (in)consciences politiques. Non, tranche-t-il, nous ne vivons pas en démocratie. La preuve par les médias, auxquels il consacre quelques lignes acerbes...

"A vrai dire, dans presque tous les pays occidentaux, les médias réellement indépendants de quelque importance se comptent sur les doigts d'une seule main, de deux mains si l'on est optimiste. Et leur audience est le plus souvent marginale par rapport à la puissance des grands médias" (p. 99).

"Quant aux journalistes eux-mêmes, il est bien rare qu'arrivés à un certain degré de responsabilité, ils ne trouvent plus agréable de manger dans la main des puissants que d'exercer une saine alacrité critique. Il est vrai que tous les dispositifs économiques et idéologiques sont faits pour qu'il soit très difficile de "parvenir" à un degré de responsabilité médiatique si l'on ne manifeste pas subtilement le talent de savoir plier l'échine sans que le public ne s'en aperçoive"...

"On n'en finirait pas de faire l'inventaire des connivences assumées ou passives par lesquelles les journalistes abdiquent leur indépendance d'esprit - à moins, tout simplement qu'ils assument sans état d'âme les valeurs de l'oligarchie qu'ils servent ou à laquelle ils appartiennent. L'atmosphère générale est, disons-le, puante" (pp. 99 et 100).

(1) Collection "L'histoire immédiate", Seuil, 14 euros.

Merci à David pour le lien vers ces extraits de l'émission: http://www.youtube.com/watch?v=XtM3G67lr5A

06:29 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (3)

dimanche, 19 décembre 2010

Les "éditocrates", pros de la pensée-minute

editocrates.jpgBHL te fout les boules? Val t'atterre? Joffrin t'éreinte? Attali t'anéantit?... Voici un livre pour toi, camarade: "Les éditocrates ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi"... Publié, l'an dernier, chez La Découverte (12,50 euros), l'opus est réédité à petit prix chez Pocket (6,50 euros). Un essai aussi jouissif que salutaire.

Un prof de sciences éco, Mathias Reymond, et trois confrères, l'ami Fontenelle, Mona Chollet et Olivier Cyran s'y payent allègrement dix "éditocrates": Bernard-Henri Levy (néo-philosophe bidouilleur), Jacques Attali (plastronneur de l'imposture), Alain Duhamel (cumulard cardinal et inversément), Alexandre Adler (néocon américano-sioniste), Laurent Joffrin (capitaliste et barbichu), Christophe Barbier (ami des puissants), Jacques Marseille (porte-voix du patronat), Nicolas Baverez (lobbyiste du grand capital), Ivan Rioufol (croisé de l'amalgame) et leur champion à tous, Philippe Val (Torquemada de Radio France). Un beau panier de crabes, "experts en rien", mais qui ont des choses à dire sur (presque) tout. "Pontifiants, ils répètent à tout bout de champ qu'ils sont "politiquement incorrects" alors qu'ils sont les plus illustres représentants du conformisme intellectuel".

The Mole se sera surtout délecté des divagations de Tintin-Henri Lévy... BHL qui, "quand il joue au grand reporter, n'hésite jamais à tordre la réalité pour mieux la faire entrer dans le cadre, effroyablement étriqué, de ses préssupposés idéologiques dont les prolégomènes sont: un, que l'Occident (éclairé) a (tout de même) vocation à civiliser le (vaste) monde; et, deux, que l'Occident éclairé a tout de même vocation à éclairer le vaste monde". ;)

Démonstration par "la prose truquée" du "romanquêteur hâtif" en Bosnie, en Algérie, en Géorgie et surtout en Israël, d'où il rapporte "un hallucinant publireportage"... "Mais, après tout, quelle importance, relève Fontenelle, puisqu'aucune approximation, aucune erreur, aucun bobard ne dissuade jamais personne de publier la prose du penseur"...

PS: vite, vite, une édition revue et complétée avec d'autres que ces dix-là... Ce ne sont pas les candidats qui manquent, comme on le lira dans l'introduction: Jacques Julliard, Alain Minc, Alain-Gérard Slama, Bernard Guetta, Caroline Fourest... De quoi composer un tome 2 à la hauteur de la première livraison!

Source: "Les éditocrates", La Découverte, 196 pp., 2009 (réédité chez Pocket, 224 pp., 21 octobre 2010).