mardi, 05 août 2008

Soljenitsyne voyait en la presse "le lieu privilégié où se manifeste la maladie mentale du XXe siècle"

solje1.jpgLe Premier ministre russe Vladimir Poutine a déposé un bouquet de roses rouges au pied du cercueil d'Alexandre Soljenitsyne, ce mardi. Tout est dans cette image. L'Histoire, ses circonvolutions inconséquentes, se figent dans cet hommage aberrant de l'ex-colonel du KGB à l'ancien pensionnaire du Goulag...

Soljenitsyne avait refusé, de son vivant, la main tendue par Elstine. A raison. Il avait accepté les honneurs de Poutine, en juin 2007. A tort. L'ex-président russe récidive, face à la dépouille de l'écrivain. "Récupération", juge Pierre Assouline. A nos yeux, Jean d'Ormesson, qui sait de quoi il parle, voit plus clair: Soljenitsyne n'est, somme toute, pas si distant de Poutine. C'est "un slavophile orthodoxe et conservateur", écrit l'académicien, "le Russe traditionnel qui tonne contre son temps".solje2.jpg

The Mole retiendra, pour sa part, les propos amers du vieux réactionnaire, face aux étudiants d'Harvard, le 8 juin 1978, alors qu'il a trouvé refuge à Cavendish, dans le nord-est des Etats-Unis. Défendant le bien-fondé de la guerre du Vietnam, l'écrivain russe y fustigera "la presse, lieu privilégié où se manifestent cette hâte et cette superficialité qui sont la maladie mentale du XXe siècle".

Sources: Pierre Assouline, Jean d'Ormesson, Le Figaro, AFP, Libération, La république des Livres. Illus: Reuters, Klimentyev/AP.

Commentaires

Oui, il y a des choses très bizarres qui se produisent dans ce monde. Il serait intéressant de savoir ce que ce boucher de Poutine entendait faire passer comme message en rendant hommage à Soljenitsyne ? La disparition de tout repère idéologique ? L'effacement de l'humanité dans le grand tout capitaliste ? Allez savoir...

De manière plus générale, je trouve que la tonalité générale du traitement de la mort de Soljenitsyne est étonnamment laudative, voire même légèrement révisionniste, notamment quand on le présente comme l'homme qui révélé l'existence du goulag en Occident (alors que pas mal d'autres dissidents soviétiques l'avaient déjà fait au préalable).

Sinon, je remarque une double nuance entre ton titre et la citation à laquelle il renvoie : d'une part, il semble que Soljenitsyne affirme que ce sont la hâte et la superficialité qui sont la maladie du XXe siècle, et non la presse. D'autre part, dire que cette "maladie" s'y manifeste ne revient pas à dire que la presse en est la manifestation.

Écrit par : Franz | jeudi, 07 août 2008

Voyons... Poutine serait bien bête de ne pas s'approprier le bénéfice médiatique de la mort du pris Nobel. C'était parfaitement prédictible.
Quant à la presse comme quatrième pouvoir, c'est une réalité certainement très intermittente et dans des limites très convenues.
Vous connaissez ce dicton populaire français du début de XXème siècle, que rapporte Serge Halimi?
"N'achète pas le journal, tu emmènerais un patron à la maison."
Cordialement.

Écrit par : Guy Leboutte | jeudi, 07 août 2008

@ Franz: bien vu... à vouloir compenser les laudes, j'ai court-circuité le propos. Révisionniste, The Mole?

@ Guy Leboutte: très très très intermittente ;)

Écrit par : The Mole | vendredi, 08 août 2008

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