samedi, 16 février 2008

Mehmet Koksal, un fer de lance

e51b688911da8350f9b07b6d5011dbab.jpgBel hommage de la profession à notre cher et percutant Mehmet Koksal, ce samedi, à l'assemblée générale annuelle de l'Association des journalistes professionnels (AJP)... Le vice-président de la Fédération européenne des journalistes (Fej), Philippe Leruth, a rappelé que Mehmet a dû se résigner à fermer son blog, suite aux pressions communautaires et aux menaces qui pesaient sur ses proches. Ce qui ne l'a pas empêché de reprendre la plume, pour la tremper dans d'autres plaies: "Mehmet est un symbole, insiste Philippe Leruth, celui de la liberté de la presse"...

 

Opiniâtre et combatif, Mehmet semble avoir déteint sur l'AJP... La campagne "Pigiste pas pigeon" (PPP) a manifestement de beaux jours devant elle... Jean Blavier tempète: "Les éditeurs qui payent leurs indépendants à des salaires de misère ne sont tout simplement pas éthiques! J'en ai vus blémir face à ce constat et ça m'a fait un bien fou!".

 

Il n'en fallait pas davantage pour inciter quelques consoeurs et confrères à imaginer un prolongement offensif au projet PPP... Pourquoi pas un autre PPP, le "Prix Plume de Plomb", qui serait décerné, chaque année, à l'éditeur qui s'illustre par la politique salariale la plus dédaigneuse?

 

Daniel Conraads (Le Soir), qui siège à la Commission d'agréation des journalistes professionnels, rappelle que certains journalistes indépendants ramènent à peine 800 euros brut par mois de leurs collaborations. Nettement moins que le salaire minimum garanti (1.210 euros brut). Et à peine mieux que le revenu d'intégration sociale (684 euros brut pour un isolé).

 

La prolétarisation croissante des journalistes n'est d'ailleurs pas sans effet sur les effectifs... Le pays compte 2.002 journalistes francophones, dont 80% sont membres de l'AJP ("Un taux de syndicalisation record!", constate Martine Simonis). Mais les stagiaires sont de moins en moins nombreux à obtenir la carte de presse définitive: 81% des journalistes en stage accédaient au titre professionnel, en 2003. Contre 79% en 2004, puis à 63% à peine, en 2005... Ces 15 dernières années, en moyenne, 90 journalistes obtenaient, chaque année, l'agréation professionnelle. Ces cinq dernières années, ils n'étaient plus que 80 par exercice.

 

La profession se précarise. Et l'activité même de l'AJP s'en ressent: les deux tiers des dossiers traités dans le cadre du service juridique et de l'assistance judiciaire relèvent du recouvrement de créances (piges non payées)... L'intégralité des sommes réclamées a été récupérée. Summum de l'année: l'indemnisation de 13.500 euros versée par Le Soir Magazine pour le "scannage sauvage" d'une photo de Laurent Brandajs (un portrait de Delphine Boël avec sa fille) dont l'exclusivité avait été promise à La Libre Match. "Non seulement l'éditeur, Rossel & Cie, a payé, insiste Martine Simonis, mais il s'est en plus excusé pour le comportement du rédacteur en chef en cause, Michel Marteau"

 

Comme quoi la fermeté paye... Le budget 2008 de l'AJP intègre d'emblée des frais d'avocats à la hausse, ainsi qu'une  enveloppe rondelette pour prolonger la campagne PPP. Mehmet n'est pas le seul à s'en réjouir! 


Sources: AG de l'AJP, Humeur Allochtone, Des Bulles, Wikipédia. Illu: Nix. 

Commentaires

Quel honneur ! J'étais sincèrement ému pour les propos de Philippe Leruth (vice-président de la FEJ) à mon égard et ravi de l'entendre défendre aussi vigoureusement la liberté de la presse menacée non seulement en Russie, en Chine ou au Myanmar mais également en Belgique.

Voilà un commentaire qui me remotive à fond pour m'engager plus fortement dans le syndicalisme journalistique.

Excellente idée de créer un "Prix Plume de Plomb" pour honorer les plus mauvais éditeurs. En écoutant Daniel Conraads ce samedi à l'AG et ses exemples concrets de rémunérations mensuels brut (entre 800 et 1200 euros brut par mois), j'ai pensé à ce que dirait Lao Tseu en constatant cette prolétarisation croissante : "ce n'est pas le meilleur des salaires pour un journaliste... chinois!"

Ecrit par : mehmet | lundi, 18 février 2008

@ mehmet: le Lao Tseu de Visé appréciera!

Ecrit par : The Mole | lundi, 18 février 2008

"Mehmet est un symbole, insiste Philippe Leruth, celui de la liberté de la presse"...
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Purée, j'en saigne du nez ! J'aime beaucoup le travail de Mehmet Koksal, mais a-t-on jamais lu plus grande connerie ? Ainsi donc, le symbole de la liberté de la presse est un journaliste justement contraint au silence par quelques menaces de fachos turcs, tout cela dans un pays aussi policé que la Belgique ?

Je comprends parfaitement que Mehmet ait préféré la sécurité de ses proches à la poursuite de son blog. Mais qu'on l'érige en "symbole de la liberté de la presse"...

Pendant ce temps, en Algerie : http://www.alterinfo.net/ALGERIE-Le-lourd-tribut-de-la-presse-RACHID-YAHOU-_a5432.html

Ecrit par : Fils de Priam | mercredi, 20 février 2008

@ Fils de Priam: Non, ce n'est pas ce que Philippe a voulu dire... La formulation laconique peut prêter à confusion. C'est le combat opiniâtre de Mehmet mène au sein de l'AJP, pour la profession, que salue ici Philippe. Malgré tt ce qui lui est arrivé, il est plus que jamais aux créneaux (je peux en témoigner).

Ecrit par : The Mole | jeudi, 21 février 2008

C'est le combat opiniâtre de Mehmet mène au sein de l'AJP, pour la profession que salue ici Philippe.
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A la bonne heure. :)


Mais juste une question : en tant que cotisants à l'AJP, pourrait-on en savoir plus sur ce combat opiniâtre mené en notre nom par des gens dont on ignore tout ?

Je n'en vois nulle trace dans la lettre mensuelle qui nous est adressée. Et d'après ce que je peux constater, la seule évolution de la campagne PPP a été, plus d'un an après son lancement, de rectifier sur son site web quelques uns des nombreux tarifs de piges fantaisistes indiqués dans le Livre noir.

Sinon, à part ça, je suis ravi que Jean Blavier tempête et que des éditeurs "pas éthiques" blémissent. Je suis également aux anges que l'AJP compte enfin un fer de lance, même si je ne suis pas sûr que Mehmet Koksal soit très représentatif de la profession.

Ecrit par : Fils de Priam | jeudi, 21 février 2008

@ Fils de Priam: "en tant que cotisants à l'AJP, pourrait-on en savoir plus sur ce combat opiniâtre mené en notre nom par des gens dont on ignore tout ?"... En tant que cotisant, tu étais le bienvenu à l'AG annuelle, samedi dernier, où une bonne part de tes représentants ont dressé le bilan de leur action (de la publication - imminente - du "Manuel de survie des journalistes" aux multiples dossiers collectifs et individuels de défense de la profession, singulièrement des indépendants). Il en est qui montent aux créneaux et bataillent en première ligne, d'autres qui geignent en ligne arrière. Ne juge pas sans savoir. Et surtout, choisis ton camp, camarade.

Ecrit par : The Mole | vendredi, 22 février 2008

@Fils de Priam : merci pour la réaction. Je ne suis effectivement pas représentatif de la profession (et je ne veux pas nécessairement l'être) mais je suis un représentant élu à différents niveaux au sein de l'organe représentatif des journalistes. C'est effectivement pas très visible dans la revue mensuelle mais être syndicaliste et se battre pour défendre les droits des journalistes implique, notamment, de suivre une série de réunions avec les autres délégués, faire des propositions, prendre des décisions dans la gestion interne et externe de l'association.

En plus des réunions, plus concrètement, je me casse pour l'instant la tête à mettre sur pied des cours (gratuits) de formations en compta et gestion en entreprise à l'attention de l'ensemble des journalites et sur un autre projet de sensibilisation aux droits qui vise plus particulièrement les étudiants en journalisme.

Par ailleurs, il y a également le volet juridique suivi par l'excellent secrétariat de l'AJP qui dresse régulièrement un bilan des affaires en cours dont le mien qui m'oppose à un certain secrétaire d'Etat PS négationniste, menteur et délinquant dont je préfère taire le nom défendu par un avocat-mari dont je préfère également taire le nom par peurs de représailles de l'appareil qui contrôle la moitié de ce pays.

Petite précision : à la dernière AG, Philippe Leruth a rendu hommage à la liberté de presse à travers mon expérience personnelle (et non l'inverse) - l'arrêt de mon blog "Humeur allochtone" suite aux agressions physique et morale - et Molenews a relayé l'info. Je ne suis pas ni un symbole, ni un principe (liberté d'expression) mais je suis content de servir de prétexte pour relancer un débat sur la liberté d'expression en Belgique.

Ecrit par : mehmet | vendredi, 22 février 2008

Mouais. Belle hypocrisie monsieur du "(censuré)" & AJP. L'AJP est très forte pour parler mais dans les faits... Voyez un peu comment le groupe ROssel (par exemple, IPM, Roularta & autres sont pareils) considère et rémunère ses pigistes. Et qd ceux-ci vont se plaindre auprès de M.S. de l'AJP... Alors stop les couillonnades, c'est un petit milieu où tout le monde marche main dans la main. Et même si Mehmet est l'un des derniers vrai polémiqueurs, aucune rédac ne l'intègre, même si on ne se gênait pas pour pomper ses idées/papiers. ALors stop monsieur (censuré) du (censuré), un quotidien où la culture ne veut plus rien dire, où le supplément du samedi est une honte dans sa genèse comme dans son contenu. Qques belles images, rarement, mais jamais de fond. Des pubs "luxe" mendiées aux annonceurs, aussitôt dévalorisées par l'adjonction de "pubs maison" like "ma santé" MDR.
Faut arrêter, l'excellent secrétariat l'est dans les conflits avec l'extérieur du milieu, jamais l'intérieur! Le journalisme est malade, le belge sans doute plus encore que le reste (oui, je travaille en France et aux USA) de par cette "mollitude" sociétale qui fait que votre système politique est le théatre de luttes guignolesques tout aussi hypocrites.
Bref, ai vécu trois ans à Bruxelles et sans mettre tout le monde dans le même sac, j'ai pas eu l'impression d'avoir en face de moi des gens passionnés. J'étais pas loin de l'AGJPB, j'ai rencontré pas mal d'affiliés, pigistes de gd groupes au détour d'un corridor ou d'une réunion/ cocktail/conf de presse.... Combien oseraient faire jouer la clause de conscience dans une rédac? Pour quoi faire? Plonger dans la précarité? L'AJP ne fait rien, n'a jamais rien fait, si ce n'est s'auto-flatter. SOn image est d'ailleurs bien terne au sein de l'IFJ, mais c'est une autre histoire.
Sans rancune, cela va sans dire.

J.D.
ps: Pardonnez mes imprécisions linguistiques, le français n'est pas ma langue maternelle.

Ecrit par : XXX | jeudi, 28 février 2008

@XXX Oui, manifestement, il y a des éléments du paysage qui vous échappent.
- Il n'y a pas de clause de conscience pour les journalistes : elle n'existe qu'en PQ, pour les journalistes salariés, mais avec des conditions telles qu'elle n'a jamais été appliquée officiellement.
- FIJ et AGJPB : l'AJP revient d'une mission en Algérie, menée pour la FIJ. Un mandataire de l'AJP est vice président de la la FEJ (sa plus grosse branche régionale). Une mandataire de l'AJP est, à chaque tenue du Congrès modial de la FIJ, sollicitée pour en assurer la présidence. L'AGJPB et la FIJ ont mené ensemble des actions pour la journée "Stand up for journalism". Des exemples - mais j'en ai plein d'autres si vous voulez - qui montrent à quel point les relations FIJ/AGJPB sont plutôt efficaces et solides. L'action internationale de l'Union professionnelle belge est cependant volontairement limitée car les priorités sont d'abord nationales.
Pour le reste, je vous laisse vos propos "ne fait rien, n'a jamais rien fait si ce n'est s'auto-flatter". Ce n'est pas seulement sans nuances, c'est complètement sans intérêt.

Ecrit par : Simone | vendredi, 29 février 2008

@ Simone: rien à ajouter!

Ecrit par : The Mole | vendredi, 29 février 2008

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