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mardi, 05 février 2008
"XXI" fait la nique aux éditeurs de presse
Sacré pied de nez des maisons littéraires aux éditeurs de presse ! La première livraison de la revue trimestrielle XXI, fondée par Laurent Beccaria (éditions Les arènes) et Patrick de Saint-Exupéry, ex-grand reporter au Figaro, est épuisée… 40.000 exemplaires écoulés, en moins de 15 jours. Et 10.000 autres en réimpression. L’objectif initial de ventes (20.000, pour atteindre l’équilibre) est explosé.
Enivrée par l’immédiateté de ses avatars numériques, la grande presse en perd sa substance, renonce à ses fondamentaux, privilégie la forme au fond. XXI prend l’air du temps médiatique à rebours, misant tout sur la valeur ajoutée, l’info « grand format ». Beccaria et Saint-Ex rappelent opportunément qu’ « aux idées préconçues, Albert Londres préférait la vérité des choses vues et des êtres rencontrés ». Qu’ajouter à la profession de foi ?
Le succès de la formule a de quoi interpeller plus d’un patron de presse, en ces temps de peopolisation à marche forcée, de gadgétisation rampante et d’infotainment triomphant. Dans un paysage médiatique anémié, ultra-conventionnel et sous perfusion marchande, XXI parie sur l’intelligence du lecteur, mise massivement sur le fond, le long, le profond. Et ça fait un bien fou au moral des journalistes !
XXI, c’est 200 pages de reportages et d’enquêtes au long cours. Pour 15 euros. Mais sans le moindre encart publicitaire. La publication ne compte, pour se financer, que sur la finesse de ses plumes et sur ses images senties. Au sommaire : que du lourd, que du dense, mais servi selon les règles du « narrative journalism », à la façon du New Yorker ou de Salon. Le menu est alléchant, pétillant, goûteux. Et digeste.
XXI n’a rien à faire des états d’âmes de la Bruni. Pas plus que des fesses de Britney Spears. XXI leur préfère la rudesse du néo-capitalisme russe, la pudeur des femmes de détenus en manque d’amour, les chemins de traverse des cartels mexicains.
Le récit journalistique emprunte de nouvelles voies : le dessinateur liégeois Jean-Philippe Stassen livre la substance d’un mois de reportage de part et d’autre du détroit de Gibraltar en 29 planches d’une saisissante intensité.
« L’information s’est multipliée, et notre regard s’est rétréci, constatent Beccaria et Saint Ex. Prendre le temps, se décaler, redonner des couleurs au monde, de l’épaisseur aux choses, de la présence aux gens, aller voir, rendre compte : telle est la volonté de XXI ».
Fondateur des éditions les Arènes, Laurent Beccaria, 44 ans, et notre confrère Patrick de Saint-Exupéry, 45 ans, sont les actionnaires majoritaires, avec 33% des parts chacun. Les éditions Gallimard participent à hauteur de 20% (via Madrigall), ainsi que quatre actionnaires individuels (dont Charles-Henri Flammarion) pour les 14% restants.
Ils ne sont pas les seuls à parier sur le long. A en croire Rue89, Florence Aubenas, Marie Desplechin et Jean Hatzfeld préparent un projet comparable, annoncé pour l’été.
Sources : XXI, Le Soir, Livres Hebdo, Rue89, Wikipédia.
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UPDATE (6/2)
Molenews a les honneurs de la revue des blogs de XXI... Patrick de Saint-Exupéry nous adresse même un mail pour nous dire à quel point nos commentaires l'ont "touché". Il ajoute: " Et, surtout, surtout, bon vent à vous, aux confrères de Belgique et à ce “papier encré” irremplaçable quoi que l’on dise"...
UPDATE (17/2)
"Carrément géant!", dit Sergio...
UPDATE (24/2)
François Des Bulles est d'accord avec nous.
23:15 Publié dans Après demain, Conformisme, Spécialisés | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : laurent beccaria, patrick de saint exupéry, albert londres, joseph kessel, the new yorker, narrative journalism



Commentaires
Vu des Etats-Unis, la tendance est la même (d'après les propos d'un prof de Georgetown University à Wash. DC que je viens de rencontrer) : après la vague de l'infotainement, c'est le retour en force du "good journalism" avec les contenus et les thématiques traités à fond. Durant cette campagne présidentielle américaine, les contenus n'ont jamais été aussi bien suivis médiatiquement. Les débats politiques ont battu tous les records d'audience et les annonceurs se demandent s'il ne conviendrait pas de sucrer certains programmes de divertissement pour rajouter des débats politiques étant donné que le consommateur est demandeur.
Le "National Public Radio" (radio américaine publique de qualité) compte aujourd'hui pas moins de 13 millions d'auditeurs par semaine aux Etats-Unis avec un système de financement public méga-intéressant mais difficilement exportable (malheureusement)...
Ecrit par : mehmet | jeudi, 07 février 2008
la Belgique sera-t-elle fournie de cette nouvelle lecture ?
Merci Mole ...
PS : c'est chouette quu tu aies repris tes activités bloguesques ...
Ecrit par : philippe coicou | jeudi, 07 février 2008
Ouais, ouais, en vente dans les bonnes librairies... Mais déjà épuisé, donc.
Ecrit par : SC | jeudi, 07 février 2008
@ Mehmet: comme quoi!... Tant que "le consommateur est demandeur", il y a de l'espoir!
@ Philippe et Sergio: oui, épuisé en librairie, mais on en trouve encore à la Fnac (qui diffuse même à 12,90 euros!).
Ecrit par : The Mole | jeudi, 07 février 2008
Beh, qu'est-ce qu'on attend pour au moins essayer la même chose? Le Mole, tu proposerais pas ça, tous les jours, à ton journal? Du récit, du profond, de l'audacieux. Peut-être qu'ils sont demandeurs, les "patrons" aussi. D'après ce que je lis, dans Le Soir, dans La Libre, dans Libé, dans Le Monde, quand y a du lourd, du dense, c'est tjs sous forme de narrative journalism, et sur des sujets qui sont jamais les fesses de britney. Donc, y sont demandeurs. Et pas comme trimestriels: comme quotidiens! Essaie pour voir. Et dis-nous quoi, après. Ici aussi, je veux dire.
Chiche.
Ecrit par : fio | dimanche, 17 février 2008
@fio: Non, fio, cela ne dépend pas que de la volonté du journaliste de base... XXI met les moyens qui cadrent avec son ambition. Qu'en est-il en presse quotidienne? Je connais bien un journal dont les effectifs de journalistes salariés sont passés de 152 unités en 2000 à 127 aujourd'hui: moins de plumes (-16%) pour davantage de matières à couvrir. Je connais bien un journal qui ne remplace plus systématiquement ses "départs naturels", voire même ses malades de très longue durée. Je connais bien un groupe de presse qui a enregistré 24 millions de bénéfices net après impôts, à son dernier exercice (oui, presque un milliard de FB de bénéfs), mais qui n'en a pas moins jugé utile infliger un gel des salaires à ses journalistes et une réduction du cadre par recours massif au crédit-temps. L'incantation n'est pas tout. Encore faut-il assumer les moyens (financiers et humains) de son ambition.
Ecrit par : The Mole | lundi, 18 février 2008
Moi la seule et unique fois où j'ai proposé du lourd au Soir, c'était un truc sur je ne sais plus quel courant musical à l'époque très nouveau et très hype... Hé ben, on m'a répondu que ce genre de truc était réservé au service culture et six mois après Thierry Coljon en a touché 3 lignes pas très pertinentes. Je demandais même pas cher, en plus...
Ecrit par : Serge Coosemans | lundi, 18 février 2008
Il reste encore des exemplaires à la librairie de la rue Volders, à côté du Parvis, à Saint-Gilles. Qu'on se le dise !
Ecrit par : Chuperpaco | samedi, 22 mars 2008
Mais aussi à la Librairie Pax, Place Cokerill, à Liège
Ecrit par : Jean | samedi, 12 avril 2008
Réservez le numéro 2: il sort ce 17 avril!
Ecrit par : The Mole | samedi, 12 avril 2008
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