mardi, 04 décembre 2007

Fottorino s'indexe généreusement...

3ef759dfc7d1352e4e28bea1b266877f.jpgLu dans Libé, ce mardi: plus de 200 salariés des magazines du groupe Le Monde ont débrayé pendant une demi-heure, lundi, pour protester contre les vertigineuses augmentations salariales que comptent s'octroyer les membres du nouveau directoire, alors même que le personnel est soumis à un régime de modération...

Le directeur du Monde, Eric Fottorino (récent prix Fémina), revendique ainsi une augmentation de + 55,6%, ce qui porterait son traitement annuel de 135.000 euros à 210.000 euros.

Fottorino cherche peut-être à combler son retard par rapport à ses collègues belges, qui d'après nos sources, touchent annuellement (dans le meilleur des cas), jusqu'à près de 170.000 euros brut.

Source: Libération. Illu: Evene.

Commentaires

Bonjour,

En découvrant certains articles de votre blog, Molenews, l’équipe de rédaction de Medium4You a apprécié leur qualité et leur originalité.
Les thèmes abordés sur votre blog nous plaisent vraiment beaucoup.

Un article en particulier nous a séduit : celui qui est intitulé « Fottorino s’indexe généreusement… ».
Nous aurions ainsi aimé avoir votre autorisation pour le publier sur Medium4You.

Medium4You est un site participatif belge d’actualité qui a la particularité d’être bilingue français-néerlandais.

Notre site est un lieu gratuit d’expression d’opinions, d’échanges artistiques et de débats, accessible à toutes et tous. Ce lieu est mis à la disposition des habitants de Belgique et d’ailleurs, dans l’espoir qu’ils s’approprient cet
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Nous précisons que l’approche publicitaire n’est pas prévue à ce stade. Toute information publiée l’est avec l’éponyme ou le pseudonyme choisi par l’auteur et la référence au blog existant s’il y a lieu.

Nous serions ravis que vous nous donniez l’autorisation de
Publier l’article en question ; Il figurera ainsi aux côtés des articles de plusieurs autres auteurs de talent qui font régulièrement paraître leurs productions sur
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Nous serions également enchantés de pouvoir échanger avec vous, de répondre à vos interrogations et de faire la lumière sur tel ou tel point.
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Dans l’attente de votre réaction, nous vous assurons de nos sincères sentiments,

L’équipe de rédaction de Medium4You

Écrit par : La rédaction de Medium4You | jeudi, 06 décembre 2007

Voilà un bon petit sarkozyste!

Écrit par : Eric | vendredi, 07 décembre 2007

@Eric: bien vu... en fin de compte, tout le monde devrait suivre l'exemple du président... Il n'y aurait plus de jaloux!

Écrit par : The Mole | vendredi, 07 décembre 2007

"Pigiste pas pigeon" a mis en lumière la pénibilité du statut et des conditions de travail des journalistes indépendants.
Sans doute des directeurs de rédaction et rédacteurs en chef devraient-ils lire ou relire attentivement "Le livre noir" ET se montrer proactifs à l'égard de ces pigistes de l'ombre, en leur demandant comment ils font pour (sur)vivre.
Les écarts de rémunérations me heurtent, en ce qu'ils ne suscitent pas la moindre remise en question, le moindre état d'âme du côté des privilégiés, face aux"pigilésés".
Alors, quand je lis des articles sur les droits humains dans le monde, les inégalités, la solidarité, etc., j'éprouve malaise et révolte intérieure.
En effet, les disparités et les anomalies qui perdurent au sein des métiers de l'information ne provoquent pas le moindre débat constructif, respectueux de tous ces "petits" journalistes, dont on n'attend que la production finale et, si possible, le silence en prime.
Est-ce une réaction primaire de ma part ? Je ne parviens en tout cas pas à scinder fonction et valeurs.
Les vrais "chefs" sont à mes yeux ceux qui sont aussi sensibles à ce qu'il se passe dans le monde que dans le leur, là, tout près. Le nôtre.

Écrit par : franca | samedi, 08 décembre 2007

Fottorino revendique un salaire plus important.

Aux dernières nouvelles, il ne l'a pas encore.

Si les personnes chargées de le payer sont satisfaites de son travail et le jugent irremplaçable, ils le rémunèreront en conséquence. C'est une application stricte de la loi de l'offre et de la demande.

Des journalistes pigistes prêts à travailler pour une bouchée de pain, on en trouve énormément sur le marché. La demande est plus importante que l'offre, donc les prix (salaires) sont au plus bas.

Pas la peine pour autant de hurler à l'injustice : les lois économiques ne connaissent pas la morale.

Écrit par : Ludovic | samedi, 08 décembre 2007

@franca: "Je ne parviens en tout cas pas à scinder fonction et valeurs. Les vrais "chefs" sont à mes yeux ceux qui sont aussi sensibles à ce qu'il se passe dans le monde que dans le leur, là, tout près. Le nôtre."... Je partage ta réflexion. Comment certains journaux osent-ils plaider la justice sociale, dans leurs éditos, alors qu'ils pratiquent eux-mêmes, en interne, l'exploitation? Comment osent-ils exiger la transparence des salaires, à l'extérieur, quand la plus grande opacité règne à l'intérieur? Comment être crédible, dans ces conditions?

@Ludo: Il est simpliste, très cher Ludo, de réduire les relations sociales de travail à une logique de marché régie par l'offre et la demande...

Contrairement à ce que tu prétends, la morale est un élément essentiel du contrat social et, partant, des relations de travail (Friedrich August von Hayek ne me démentira guère). C'est bien l'atteinte à la morale qui a provoqué la colère des salariés du "Monde": ils ont jugé "indécente" (c'est leur terme) la requète de Fottorino, au regard du déficit de l'entreprise et de la modération salariale qu'on leur impose... Le fait qu'il n'ait pas obtenu cette augmentation est bien la preuve que les dirigeants du "Monde" ne s'en tiennent pas qu'aux lois du marché. Et c'est tant mieux.

Plus largement, réfléchis une minute aux effets de la prolétarisation des pigistes sur la qualité de l'info... Je ne puis que te recommander la lecture du rapport de l'Institut Montaigne (le think tank libéral de Bébéar) sur l'avenir de la presse quotidienne: tu constateras qu'ils sont loin de défendre le règne absolu des lois de l'offre et de la demande, s'agissant de la presse (et de sa politique salariale).

Extrait du rapport à méditer, cher Ludo: "Une vraie culture d’indépendance d’esprit et de neutralité trouve difficilement sa place dans le contexte de pauvreté qui est celui de trop de rédactions et de trop de journalistes". Tout est dit.

Mais un autre extrait, encore: s'inquiétant de la multiplication des écarts déontologiques, l'IM estime "qu'il y en aura d’autant plus que les entreprises de presse n’auront ni les moyens de financer une information digne de ce nom, ni la possibilité de payer correctement leurs journalistes. Un pigiste qui ne bénéficie pas des moyens matériels d’une rédaction (documentation, téléphone gratuit), qui gagne mensuellement difficilement le SMIC, n’ira pas enquêter de longues heures pour un article qui lui sera de toute façon mal payé : plus il écrit, et plus vite il écrit, plus il a de chances de survivre. La qualité de l’information, elle, en pâtît".

Pour en savoir plus:
http://molenews.hautetfort.com/archive/2006/09/05/ccc.html
http://molenews.hautetfort.com/archive/2006/09/10/des-journalistes-proletarises.html

Écrit par : The Mole | samedi, 08 décembre 2007

D'accord avec tes propos, Mole. D'accord aussi avec le rapport de l'Institut Montaigne (merci pour les liens). Mais cela ne remet pas en cause ce que j'ai dit : les patrons de presse ont une analyse purement "capitaliste" (Dieu que j'ai horreur de ce mot) et ammorale de la situation. Si tu me relis bien, je n'ai jamais remis en cause l'attitude des journalistes du Monde. Ils ont raison de se défendre. Et lorsque je vois le niveau actuel du journalisme, je ne peux qu'encourager une indépendance financière totale des organes de presse.

Il s'agit, hélas ! d'un voeu pieux et voilà pourquoi, quoi qu'on puisse en penser, les journaux-TV-radios US (la plupart) ont encore beaucoup à nous apprendre.




PS : tu peux supprimer le lien vers mon blog, j'y ai mis fin il y a plusieurs mois ;-)

PS 2 : as-tu lu ce petit morceau de bravoure journalistico-bloguesque ? http://www.economist.com/blogs/certainideasofeurope/2007/12/mugabe_a_hero_to_the_belgian_l.cfm

Écrit par : Ludovic | dimanche, 09 décembre 2007

Et lorsque je vois le niveau actuel du journalisme, je ne peux qu'encourager une indépendance financière totale des organes de presse.
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Je me demande parfois si ce genre de crainte ne remonte pas à l’époque de Théophraste Renaudot lui-même.

Au risque d’exploser la mise en page de ce blog, je ne résiste pas à l’envie de citer ce passage d’un pamphlet jouissif que je suis occupé à relire (on sait qu’un homme de culture ne lit jamais : il relit ).

(A propos des rédacteurs) : "Le patron, qui les paye mal, les ignore et ne découvre par hasard leur existence qu’à l’occasion de leurs erreurs. Cependant ils sont dévoués à la maison qui les emploie. Sans relations, sans argent pour pénétrer dans les endroits où l’on s’en fait, sans prestige pour forcer l’intimité des puissants du jour, ils n’ont même pas l’espoir d’apporter à leurs journaux l’information sensationnelle qui forcerait la Renommée. Cependant ils adorent leur métier. Ces honnêtes gens, qui sont souvent des gens de valeur, débutent à trois cents francs par mois dans les petits journaux, à six cents dans les grands et finissent, quand ils ont de la chance, secrétaire de rédaction. Pourtant ils renoncent rarement à ce métier, contre lequel ils s’indignent à toute heure du jour."

La référence aux francs et le style suranné mis à part, on jurerait qu’il s’agit là d’un extrait du Livre noir". Ce texte est pourtant tiré du Journalisme en vingt leçons", écrit par Robert de Jouvenel en… 1920 !

Écrit par : Fils de Priam | mercredi, 12 décembre 2007

Allez : je résiste d'autant moins à citer la remarquable conclusion de ce petit chef d'oeuvre qu'il est devenu quasi-introuvable :

"Une tradition ancienne et respectable veut que l'on ne parle point d'une profession qu'on exerce sans la dénigrer et sans la déconseiller à ceux qui vous suivent.

Ainsi on se donne les gants d'avoir beaucoup souffert, on insinue qu'on aurait bien mieux réussi dans toute autre entreprise et, par surcroît, on décourage les concurrents éventuels. J’espère n’avoir pas manqué à cette règle.

Ceci dit, oserais-je écrire ingénument que le métier de journaliste - qui est peut-être le plus dénigré de tous – demeure le plus beau à mes yeux.

Le journaliste n’est plus un apôtre, c’est possible. Pourtant personne n’a plus de moyens que lui de répandre le peu de vérité qu’il croit connaître.

Sa liberté est limitée de toutes parts, c’est entendu. Mais elles sont bien pauvres, les libertés que personne ne guette.

Le journaliste a ses défauts, il a ses faiblesses, il a ses servitudes : mais il a aussi des droits pleins de risques, et la possibilité de quelques audaces.

Faites le compte des grandes découvertes que la presse a révélées, des grandes infamies qu’elle a dévoilées, des grands méconnus qu’elle a consolé, des grands parvenus qu’elle a renversé.

Elle a publié les torts de beaucoup de grands hommes, mais elle a limité les audaces de beaucoup de malhonnêtes gens. Elle s’est trompée souvent, mais jamais tout entière et la vérité a toujours fini par sortir du tumulte de ses libertés confrontées.

À travers du désordre, des contradictions, des erreurs et de la mauvaise fois, elle a permis à toutes les pensées de s’exprimer, à toutes les innovations d’être connues, aux innocents de se réhabiliter, aux faibles de se défendre.

C’est à cause d’elle que les plus les aventureux n’ont pas tous risqués et que les plus puissants n’ont pas tout osé.

Il règne dans la presse – qui le nierait ? – certaines mœurs affreuses, qui sont celles de toute une époque. Songez à ce que seraient les mœurs de cette époque, si la presse n’existait pas.

Essayer de tout savoir pour tout raconter, de tout apprendre pour tout vulgariser, de tout comprendre pour tout expliquer, ne rien laisser dans l’ombre qui soit beaux qui ou soit atroce, ne se désintéresser d’aucun aspect de la vie, chercher la vérité à tâtons, mais d’un coeur obstiné, tâcher de vivre en avant de son temps, ne point mesurer son succès à sa fortune, être d’autant plus décrié qu’on a plus raison : tel est, je pense, le métier de journaliste.

Tout compte fait, il vaut la peine. "

Écrit par : Fils de Priam | mercredi, 12 décembre 2007

@ Ludo: "les patrons de presse ont une analyse purement capitaliste"... Nous sommes d'accord.

Merci pour le post de "The Economist"... J'ai fais suivre à l'intéressée ;-)

@ Fils de Priam: tes "relectures" sont un délice! En somme, le Livre Noir ressasse une vieille rengaine ;-)

Dès que j'en ai l'occasion (d'interminables corrections de copies d'étudiants m'en empêchent), je recase ces citations sous forme de note (plus visible qu'un post). Tu disposes des références complètes (maison d'édition, etc.)? Merci d'avance.

Écrit par : The Mole | mercredi, 12 décembre 2007

@The Mole : il a été publié chez Payot. On le trouve encore sur l'un ou l'autre site de vente en ligne, genre chapitre.com, mais à des prix prohibitifs pour un si petit ouvrage - d'aucuns diraient une plaquette.

Si j'étais toi, j'irais plutôt faire un tour du côté d'une certaine bibliothèque universitaire :

SCIENCES HUMAINES
1) S.765955 Livre - prêt 30 jours SILO-NB

Écrit par : Fils de Priam | mercredi, 12 décembre 2007

Merci, Fils de Priam, pour ces extraits aussi époustouflants dans la forme que sur le fond. J'ai adoré et je vais me mettre en quête de ce petit bijou d'essai critique,ancêtre visionnaure du livre noir.
Extra !

Écrit par : pige | mercredi, 12 décembre 2007

Il fallait lire (et relire, en ce qui me concerne) "visionnaire".

Écrit par : pige | mercredi, 12 décembre 2007

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